Salles de cinéma – la diversité pointe son nez

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Les salles de cinéma grand public, en France, laissent voir davantage de diversité. Sans crier gare, les films réalisés par des Afro-descendant.e.s ou inspirés de leurs oeuvres se sont enchaînés à l’affiche cet été. Il ne s’agissait plus de les retrouver à des horaires peu fréquentés ou dans des cinémas alternatifs, engagés, associatifs … On les voit sur les devantures de grandes salles et ça fait du bien !

C’est un fait bien trop important pour ne pas être souligné. Les films présentant des Afro-descendant.e.s à l’affiche de salle de cinéma accessibles au plus grand nombre se sont faits bien trop rare. Souvent, quand c’est le cas il s’agit de cinéma américain, plus précisément hollywoodien. L’histoire n’a pas de résonance directe avec le quotidien des spectateurs français.e.s. Difficile donc de s’identifier, de s’inspirer, de faire un parallèle avec son quotidien ou celui de personnes racisé.e.s vivant en France.
Par ailleurs, je me souviens encore de ces temps, il n’y a pas si longtemps en fait, où il fallait absolument aller voir un film africain ou présentant des personnes de la diaspora la première semaine. Après c’était déjà trop rare, le film avait disparu des programmations. Quelques fois même la première semaine, il n’y avait que 3 séances disponibles. Toute une organisation pour aller au cinéma.

Alors oui voir ces trois affiches, en même temps au programme, cela fait plaisir.
Ce qui compte c’est d’avoir au moins, déjà la possibilité de choisir, que le film soit une comédie, un drame ou inspiré de faits réels.
Ce qui compte c’est aussi de laisser les artistes présenter leur travail, et de permettre au public de l’apprécier ou non, de réfléchir, poser des questions, critiquer, en discuter.
Ce qui compte c’est de laisser l’art s’exprimer !

Instistance, persistance, endurance

Avant d’entrer dans le détail des films proposés dans les salles de cinéma, il convient de rappeler que cela ne s’est pas fait tout seul. Ce n’est pas non plus le fruit unique de bonnes volontés. Depuis des décennies des cinéastes, acteur.trices, réalisateur.trices et même spectateur.trices se mobilisent, se démènent et s’organisent afin que des œuvres audio-visuelles racontent la diversité française et la présentent visuellement sur les écrans, au plus grand nombre.
Même sans s’intéresser particulièrement au cinéma, les spectateur.trices en France ont au moins une fois entendu parlé du manque de diversité et de représentation du cinéma français. Citons deux initiatives récentes et fortement relayées : ” Noir n’est pas mon métier “, livre collectif porté notamment par Aïssa Maïga ou encore la tribune d’une trentaine de célébrités, paru en février 2020 dans Le Parisien, pour dénoncer “ l’invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs ” issus des DOM-TOM et de l’immigration africaine et asiatique.

C’est bien parce que des personnes se sont mobilisées et se mobilisent, que la diversité pointe son nez à l’écran.

Dans les salles de cinéma cet été

Quels sont justement ces films ?
Depuis le 8 juillet 2020, les cinéphiles peuvent regarder ” Tout simplement Noir “, film réalisé par Jean-Pascal Zadi et John Wax. Qu’on aime ou pas cette œuvre, qu’on la comprenne ou pas, il faut souligner qu’elle porte à l’écran une pluralité d’artistes français et françaises d’ascendance africaine. Ce qui la rend diverse visuellement et sur le plan artistique, de par le jeu et les personnalités des acteurs.trices. Aussi le film est encore à ce jour à l’affiche dans les cinémas grand public.

Sortie le 28 août 2020 ” Petit pays ” réalisé par Eric Barbier est une adaptation du roman éponyme de Gael Faye. On y retrace la fin de l’enfance d’un jeune garçon vivant au Burundi avec sa famille. Témoin de violences et du début de la guerre civile, il est brusquement arraché son équilibre.
Ce film, lui aussi toujours à l’affiche, présente un autre visage de la diversité de la diaspora africaine en France ; celle qui a eu à affronter la guerre. Bien que cela soit peu abordé dans les médias de manière générale, cette situation concerne des milliers de Françaises et Français. C’est encore plus tabou lorsqu’il y a un lien, même étroit, avec le génocide des Tutsis. Pourtant, ce sont une période et des événements qui appartiennent aussi à l’histoire contemporaine de la France.

Terminons par ” Mignonnes ” film de Maïmouna Doucouré. Il est aussi disponible sur la platforme Netflix. Au-delà des polémiques, il convient encore une fois de rappeler que la réalisatrice met à l’écran un certain quotidien de préadolescentes, tel qu’il peut exister aujourd’hui. Par ailleurs, voir une oeuvre audio-visuelle réalisée par une femme française d’ascendance africaine, à l’affiche, cela n’arrive pas tous les jours.
La diversité se jouent aussi à ce niveau, parmi les personnes qui produisent, créent, jouent, montent, décorent … un film.

Oui, on se réjouit de voir des représentations plurielles, diverses et variées pointer leur nez dans les salles de cinéma grand public en France. Cela devrait être la norme, ou au moins, plus fréquent.
Il s’agit simplement de pouvoir choisir parmi ce qui existe, de s’informer, de se faire sa propre opinion, de construire sa culture cinématographique et de développer son imaginaire.
Le cinéma sert aussi à faire rêver, et on ne peut pas imposer le même imaginaire à tous.