Rafiki, plus qu’une histoire d’amour

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Rafiki témoigne du désir d’aller au bout de ses rêves et de ses passions.

Le mercredi 26 septembre 2018 marque la sortie officielle en France du film. Nous l’avons vu en avant première. Nous avons été littéralement bluffés ; c’est certainement un de nos coups de coeur de l’année 2018 !

Ce n’est pas pour rien que le film a fait partie de la sélection de Cannes 2018 et du Festival de Durban, en Afrique du Sud.

Synopsis : à quoi s’attendre ?

Banlieue de Nairobi, au Kenya, en pleine période électorale. Deux jeunes filles, aux loisirs et univers différents, se rapprochent et tombent rapidement sous le charme l’une de l’autre. Seulement voilà, leur entourage n’entend pas les laisser vivre leur idylle. Leurs chemin se croisent en pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leur pères respectifs.

Le film est l’adaptation cinématographique de la nouvelle Jambula tree de Monica Arac de Nyeko.

Vous l’aurez compris, Rafiki met en lumière une histoire d’amour entre deux adolescentes africaines. Sur un continent où l’homosexualité est au mieux tolérée, Kena et Ziki vont être contraintes de choisir entre amour et sécurité.

Puissant et pleinenement contemporain, Rafiki va bien au delà de la « simple histoire d’amour » entre deux jeunes filles. En effet, ce film met en lumière plusieurs thèmes, peu, voire pas traités dans le cinéma africain, et tout aussi tabous dans les sociétés africaines contemporaines.

  • La vie amoureuse et la sexualité des jeunes filles
  • L’ amour entre deux femmes
  • L’homophobie et la violence collective
  • et bien d’autres

Rafiki

Rafiki
crédit : Rafiki

Tout part du titre. Rafiki est le mot swahili utilisé au Kenya pour parler d’une relation dans laquelle on est engagé et dont on ne veut pas définir la nature. On dit juste c’est mon/ma « rafiki ». En mettant en avant la difficulté qu’on peut ressentir à définir ses relations, le spectateur s’identifie plus aisément. En effet, à l’heure où les relations de tous types se font et se défont à la vitesse d’un clic de souris, les normes conventionnelles sont partout remises en question. Alors la tâche est encore moins aisée, pour deux adolescantes comme Kena et Ziki.

L’amour au féminin

Si l’amour entre deux personnes de même sexe devient plus visible dans le cinéma, il est très rare de voir celui entre deux femmes, encore moins entre deux femmes Noires. Là aussi, Rafiki va delà des attentes et surprend notamment par la mise en scène de cet amour. Sensualité et Tendresse.  Tout le langage amoureux et même sexuel en est imprégné. Ainsi, Wanuri Kahiu* tord le coup à un autre préjugé. Le mythe de la femme africaine à la sexualité féline.

Le film montre aussi le tiraillement de deux jeunes filles : entre suivre ce qu’on attend d’elles, en tant que femme, et leurs rêves et désirs personnels. Une lutte entre conservatisme et patriarcat, liberté de penser, de faire, d’exister comme on le souhaite.

Rafiki. Il y a des films qui vous touchent, d’autres qui vous marquent et certains font tout cela en même temps. C’est ce que produit Rafiki.

Au delà des clichés

On retrouve les gestes, les regards, la délicatesse et la pudeur de l’amour et de la sexualité, comme exprimés dans de nombreuses sociétés africaines. C’est tellement bien orchestré et filmé qu’on en a des frissons ! « Pour nous, la métaphore de l’état amoureux, ce n’est pas le fait d’être fou, d’avoir un comportement imprévisible, mais au contraire le calme et le silence. » indique Wanuri.

Par la même occasion, Rafiki souffle un vent novateur sur les écrans des salles de cinémas occidentales : le Black Love. Cette thématique n’est pour l’instant présente que dans les médias majoritairement destinés aux communautés africaines et caribéennes. Nous faisons le pari que Rafiki touchera un public plus large. Cela ne peut être que bénéfique pour la représentation des Noirs, en général, dans l’imaginaire collectif.

Rafiki, film d’espoir et d’amour

Le décor et l’ambiance du film en témoignent. Il y a des couleurs, de la musique joyeuse, du mouvement ; ça bouge. A certains moments, on a même le sentiment d’être transposé dans un club de Tokyo ou de Séoul.  Une manière de montrer la réalité de la vie contemporaine dans les grandes capitales africaines.

Bien que la situation soit extrêmement complexe et pénible pour les personnes homosexuelles au Kénya ainsi que dans d’autres pays africains, il y a un espoir. Et cette lueur apparait dans le film. Alors que les deux jeunes femmes affrontent le regard inquisiteur de la société, certains membres de leurs familles manifestent leur compassion. Certes avec pudeur, mais elle est bien présente.

Ce serait certainement une des morales de cette belle fable d’amour : là, où il y a compassion, il ne peut pas y avoir de violence.

NB : Il y a deux jours le Kenya Film Classification Board a levé l’interdiction de diffusion du film dans le pays, pour 7 jours.