Musée de l’esclavage de Lagos

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Un musée de l’esclavage, en Algarve, au Sud du Portugal pour dire et enseigner l’histoire de Lagos. C’est le pari fait par cette ville tant appréciée par les touristes et baroudeurs. Suite à la découverte d’ossements humains et d’objets, Lagos a ouvert le musée ” du marché des esclaves ” en 2016. Nous l’avons visité et avons échangé avec un des guides du musée.

 

Pourquoi le musée du marché aux esclaves et non le musée de l’esclavage ?

Le guide : “Auparavant il n’y avait qu’une exposition d’objets ayant appartenu à des personnes captives. En fait, il est déjà connu de tous que de nombreux esclaves avaient séjourné dans la ville. Suite aux récentes découvertes archéologiques, il était évident qu’il fallait revenir sur ce passé, le présenter et surtout l’expliquer. De plus, les jeunes générations doivent savoir ce qui s’est passé dans cette ville ; les touristes aussi. Enfin, le nom du musée fait directement référence à l’époque où Lagos était un des principaux points d’entrée des captifs africains en Europe. Et il y avait une place nommée le marché des esclaves. ”  (ou mercado de escravos en portugais – ndlr)

représentation d'un captif au musée de l'esclavage de Lagos
représentation d’un captif au musée de l’esclavage de Lagos

La ville de Lagos, se situe en Algarve, région la plus au Sud du Portugal. C’est une destination très touristique en Europe. Lagos constitue la plaque tournante de la région. Un lieu qui permet de rejoindre les autres villes de l’Algarve, du Portugal et même d’autres pays. C’est aussi une ville pittoresque ayant gardé son architecture et style ancien. Ainsi il y a tout pour attirer un nombre conséquent de touristes. 

La position géographique en avait naturellement fait un port de commerce majeur. 

 

Comment a été perçu le développement, l’ouverture de ce lieu de mémoire et d’histoire ?

Le guide : ” La transformation de l’espace d’exposition en musée de l’esclavage a été logique. Une fois les fouilles archéologiques terminées, il était normal d’en présenter les résultats. Etant donné le passé de Lagos, cela ne pouvait pas se faire dans une simple exposition. Il fallait quelque chose de permanent et de pédagogique. Par ailleurs, personne n’a été surpris par ces découvertes. Nous (les habitants de Lagos, voire du Portugal) savions tous que la ville était un lieu important du temps du commerce triangulaire et de l’esclavage.

En effet, dès la première moitié du 15ème siècle des captifs Africains sont arrivés au Portugal via Lagos. Ils ont vécu parmi les habitants autochtones, en ville, comme à la campagne. Puis ils se sont intégrés. Ainsi nous sommes nombreux à être directement descendants de ces esclaves.

Alors cela a semblé normal à tout le monde d’avoir un musée de l’esclavage, ici, à Lagos. Un lieu de mémoire, de civilisation, d’histoire universelle et locale. ”

 

Quelle est la particularité du ” marché aux esclaves “, musée de l’esclavage ?

Le guide : ” On peut relever plusieurs points. D’un point de vue historique, le musée présente des données locales concernant des faits historiques majeurs aux répercussions mondiales. Ensuite en se baladant dans la ville on observe comment sa structure et son organisation ont été modifiées avec la traite des Noirs. Enfin, le musée propose une expérience en immersion et pédagogique avec notamment l’utilisation de la réalité augmentée. Ainsi les enfants et les parents peuvent visiter, apprendre et comprendre ce qu’a été l’esclavage à l’échelle d’une ville. Les gens s’identifient mieux et voient au-delà des dates et des statistiques.”

Peu de villes européennes ayant joué un rôle majeur dans le commerce triangulaire ont gardé une physionomie générale du passé. En effet c’est une des particularités de Lagos. C’est aussi ce qui permet de mieux imaginer le rôle du port et l’atmosphère dans la ville à cette époque.

Dans un prochain numéro du magazine nous reviendrons plus en profondeur sur cette partie de l’histoire du Portugal.

 

les lieux lusophones de la "route des esclaves"
les lieux lusophones de la “route des esclaves”